Armand Hatchuel : « Les cabinets d’audit ont conforté les dirigeants de Carillion dans leur stratégie suicidaire »

L’enquête menée par les parlementaires britanniques sur la faillite du numéro 2 de la construction britannique montre comment les standards de la gouvernance des entreprises peuvent dévier des règles élémentaires de gestion, explique le professeur Armand Hatchuel dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min.

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Un ouvrier en train de démonter l’enseigne de Carillion, à Londres, le 23 janvier 2018, après la liquidation du groupe.

Chronique « Entreprises ». La faillite brutale, il y a un an, de Carillion – une entreprise de 40 000 personnes, numéro deux de la construction au Royaume-Uni, spécialisée dans la contractualisation avec les services publics – n’a pas fini de faire des remous. Le Financial Reporting Council (FRC), l’autorité indépendante britannique de régulation de la profession de comptable, d’auditeur, qui est aussi chargée de la surveillance des standards de gouvernance d’entreprise, a annoncé le 22 janvier avoir ouvert depuis plusieurs mois une enquête sur la validation des comptes de Carillion par le cabinet d’audit KPMG.

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Cette procédure fait suite à l’audition, sans concession, des grands cabinets d’audit par la commission d’enquête sur la faillite de Carillion, mise sur pied juste après celle-ci par le Parlement britannique. Ceux qui avaient toujours certifié les comptes « selon les meilleures pratiques » ont dû convenir que l’estimation de la valeur des contrats de Carillion présentait, du fait de leur complexité et de leur opacité, des marges d’erreur si considérables qu’une faillite brutale était possible ! La commission n’a pas manqué de souligner que ces mêmes cabinets avaient, pendant des années, conseillé et conforté les dirigeants dans leur stratégie suicidaire…

Ténacité

On pouvait craindre que les députés ne recueillent que des déclarations convenues. Mais par leur expertise et leur ténacité, ces parlementaires se sont montrés particulièrement efficaces. Ils ont mis au jour les pratiques qui ont permis aux dirigeants de Carillion de s’éloigner des règles de gestion les plus élémentaires et – sans réaction des autorités compétentes – de verser des dividendes tout en s’endettant dangereusement auprès des banques et des caisses de retraite.

Les parlementaires ont mis au jour les pratiques qui ont permis aux dirigeants de Carillion de verser des dividendes tout en s’endettant dangereusement

L’audition des dirigeants et des directeurs financiers a donné le ton incisif de l’enquête. Elle a vite confirmé que la croissance de l’activité de Carillion avait été obtenue par une course effrénée aux contrats. De plus, la rentabilité de chaque contrat était étrangement mal connue des dirigeants. Ceux-ci se reposaient sur une comptabilité globale établie « selon les meilleurs standards » et qui attestait encore de résultats solides juste avant la faillite… Carillion a pu ainsi contracter une dette bancaire croissante tout en versant chaque année des dividendes appréciables…

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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