« En continuant de “disrupter”, Macron semble défier toutes les lois dont ont été victimes ses prédécesseurs »

Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », observe qu’en dépit d’une communication chaotique, le président pourrait gagner la bataille du grand débat. En attendant, il remonte dans les sondages.

Par Françoise Fressoz Publié aujourd’hui à 06h38, mis à jour à 06h38

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Chronique. Les représentants du « vieux monde », tous ces élus qui croient aux règles intangibles de la Ve République observent l’actuel occupant de l’Elysée avec des yeux ronds. Ils comptent le nombre de fautes politiques qu’a pu commettre Emmanuel Macron depuis son élection et se régalent de le voir continuer d’en faire, en toute candeur, comme si le jeune président n’avait encore rien appris de cet âpre métier qu’est la politique.

Prenez cette affaire de référendum censée clore le grand débat national au printemps prochain. Il fait partie des quelques armes dont dispose un chef de l’Etat affaibli pour tenter de regagner en légitimité. Mais pour que le coup porte, encore faut-il savoir ménager l’effet de surprise puis mener promptement campagne en profitant de l’état de sidération des adversaires. En un mot être jupitérien.

Or, depuis une semaine c’est tout le contraire qui se produit. Le référendum est bel et bien envisagé pour tenter de répondre à la crise démocratique mais on ne sait pas sur quoi il portera concrètement ni quand il sera utilisé ni d’ailleurs s’il le sera.

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De l’art de gâcher ses munitions

Loin de souder les fantassins autour du président, il crée des dissensions jusque dans son proche entourage à cause des effets perturbateurs que la consultation pourrait avoir sur le scrutin européen du 26 mai. Les opposants, par ailleurs, ne désarment pas. Mieux, ils disposent d’un argument supplémentaire : si le référendum est déjà brandi alors même que le débat national n’est pas clos, si les réponses sont déjà concoctées dans le secret des cabinets, c’est que le haut a déjà préempté le bas, que tout est joué d’avance, Français circulez, il n’y a rien à dire !

Bref, la communication est si chaotique que l’exécutif est obligé de corriger le tir : si référendum il y a, il ne sera qu’un outil parmi d’autres d’une réponse qui ne saurait être purement institutionnelle. De l’art de gâcher ses munitions.

Ce n’est pas la première fois. Déjà, à l’automne 2018, alors que les périls montaient, Emmanuel Macron avait mal maîtrisé le feu présidentiel. Il s’était laissé surprendre par la démission de deux de ses ministres – Nicolas Hulot et Gérard Collomb –, puis il avait refusé de se servir du remaniement comme arme de la contre-attaque : les changements qu’il avait opérés dans son gouvernement avaient été tardifs, poussifs, sans éclat et ne lui avaient procuré aucun souffle nouveau. Bref, il s’était mis en danger.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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